Philosophy & History Philosophie & Histoire Dossier · Part 17 of 18 Dossier · Volet 17 sur 18 4 min read 4 min de lecture August 2026 août 2026

Cordoba and the Enlightenment: what Europe owes the Arab world Cordoue et les Lumières : ce que l'Europe doit au monde arabe

The Concealment of the Debt — How Europe Erased Cordoba from Its Narrative L'occultation de la dette — Comment l'Europe a effacé Cordoue de son récit

From the 13th century (Roger Bacon honors Islam) to the 19th (Renan reduces Islam to a passive librarian) Du XIIIe siècle (Roger Bacon honore l'Islam) au XIXe (Renan réduit l'Islam à un bibliothécaire passif)

Type: Ideological analysis Thesis: Between the 13th century (when Roger Bacon honors Islamic thinkers) and the 19th (when Renan reduces Islam to a passive librarian), Europe progressively erases its intellectual debt to the Islamic world. This concealment accompanies and legitimizes colonization.


1. Phase 1: Acknowledgment (12th-15th centuries)

During the period of active reception, Europeans openly acknowledge their debt:

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Gerard of Cremona~1167Travels to Toledo specifically to access Arabic knowledge
Michael Scot~1220Translates Averroes, acknowledges Arab scientific superiority
Roger Bacon1267Calls Islamic thinkers “philosophers and sacred authors,” advocates integrating Arabic knowledge
Thomas Aquinas~1270Constantly dialogues with Averroes (“The Commentator”) and Maimonides (“Rabbi Moses”)
University of Paris1255Makes Aristotle (via Arabic translations) mandatory

At this time, the debt is assumed, even if it is critiqued (Thomas Aquinas combats Averroism while taking it seriously).

2. Phase 2: The Renaissance — the beginning of erasure (15th-16th centuries)

The European Renaissance constructs itself on a narrative of direct return to the Greeks — bypassing Arab mediation. The discourse becomes: “We are rediscovering Aristotle, Plato, Euclid” — as if Europe had simply found them in an attic, without mentioning the three centuries of Arab-Latin translation that had made them accessible.

Direct translations from Greek (after the fall of Constantinople in 1453, Greek scholars flee to Italy) reinforce this illusion of a direct link from Greece to Europe.

3. Phase 3: The Enlightenment — ambivalence (17th-18th centuries)

The Enlightenment philosophers are ambivalent:

FigurePosition
VoltaireAdmires medieval Arab civilization, uses the Orient as a critical mirror of Christian Europe. But his Mahomet (1741) is also an attack on fanaticism
MontesquieuPersian Letters — the Orient as a tool for critique. But also a theory of climates that essentializes “peoples of the South”
LeibnizAcknowledges Arabic algebra, corresponds on Eastern mathematics

The Enlightenment uses Islam as a critical mirror, but begins to construct a narrative of European superiority founded on Reason — a Reason presented as specifically European and Greek.

4. Phase 4: The 19th century — complete erasure

Ernest Renan (1823-1892)

The key figure in the concealment. His lecture “Islamism and Science” (1883) at the Sorbonne is the foundational text of the devaluation:

Renan’s thesis: Islam “preserved” Greek knowledge but did not create it. The great thinkers of the Islamic world (Averroes, Avicenna, al-Khwarizmi) were great despite Islam, not because of it. The Semitic mind is incapable of science — only the Aryan (Indo-European) mind produces philosophy.

The response of Jamal al-Din al-Afghani (1883): al-Afghani responds in the Journal des Debats that all civilizations go through phases of light and darkness, and that decadence is not an essence but a historical condition.

The narrative that takes hold

From the 19th century onward, the dominant European narrative becomes:

Ancient Greece → Rome → Christian Middle Ages → Renaissance → Enlightenment → Modernity

Arab mediation disappears. Averroes, Maimonides, al-Khwarizmi are erased from the foundational narrative. Islam is relegated to the role of “passive librarian” — it supposedly merely stored Greek books while waiting for Europe to come retrieve them.

This narrative is false. The Islamic world did not merely preserve Aristotle — it commented on, criticized, developed, and synthesized him with other traditions (Persian, Indian, Chinese). Averroes is not a copyist: he is an original philosopher. Al-Khwarizmi did not “preserve” algebra — he invented it.

5. Phase 5: Orientalism as a system (19th-20th centuries)

Edward Said (Orientalism, 1978) analyzes this process: the Orient is constructed by Europe as an object of study, a passive space, a museum — never as an active subject of intellectual history. Napoleon’s Description de l’Egypte (1809-1829) is the prototype: Europe maps, measures, and classifies the Islamic world as an entomologist classifies insects.

6. The link between concealment and colonization

The erasure of the debt is not a simple historiographic error — it is a political act that legitimizes colonization:

  1. If Europe owes nothing to Islam → colonization is not a reversal but a natural right
  2. If Islam is incapable of science → the “civilizing mission” is legitimate
  3. If the Enlightenment is purely European → Europe has a duty to bring it to the world

The concealment of Cordoba is the ideological precondition of colonization.

7. The ongoing correction

The work of historical restitution — the work of your project — is part of a broader movement:

  • George Saliba (Islamic Science and the Making of the European Renaissance, 2007)
  • Dimitri Gutas (Greek Thought, Arabic Culture, 1998)
  • Maria Rosa Menocal (The Ornament of the World, 2002)
  • Edward Said (Orientalism, 1978)

This movement does not aim at guilt — it aims at the restitution of a historical truth concealed by the ideological needs of colonization.

Type : Analyse idéologique Thèse : Entre le XIIIe siècle (où Roger Bacon honore les penseurs islamiques) et le XIXe (où Renan réduit l’Islam à un bibliothécaire passif), l’Europe efface progressivement sa dette intellectuelle envers le monde islamique. Cette occultation accompagne et légitime la colonisation.


1. Phase 1 : La reconnaissance (XIIe-XVe siècles)

Pendant la période de réception active, les Européens reconnaissent ouvertement leur dette :

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Gérard de Crémone~1167Voyage à Tolède spécifiquement pour accéder au savoir arabe
Michael Scot~1220Traduit Averroès, reconnaît la supériorité scientifique arabe
Roger Bacon1267Appelle les penseurs islamiques “philosophes et auteurs sacrés”, défend l’intégration du savoir arabe
Thomas d’Aquin~1270Dialogue constamment avec Averroès (“Le Commentateur”) et Maïmonide (“Rabbi Moïse”)
Université de Paris1255Rend Aristote (via les traductions arabes) obligatoire

À cette époque, la dette est assumée, même si elle est critiquée (Thomas d’Aquin combat l’averroïsme tout en le prenant au sérieux).

2. Phase 2 : La Renaissance — le début de l’effacement (XVe-XVIe siècles)

La Renaissance européenne se construit sur un récit de retour direct aux Grecs — court-circuitant la médiation arabe. Le discours devient : “Nous retrouvons Aristote, Platon, Euclide” — comme si l’Europe les avait simplement retrouvés dans un grenier, sans mentionner les trois siècles de traduction arabo-latine qui les avaient rendus accessibles.

Les traductions directes du grec (après la chute de Constantinople en 1453, des érudits grecs fuient vers l’Italie) renforcent cette illusion d’un lien direct Grèce → Europe.

3. Phase 3 : Les Lumières — l’ambivalence (XVIIe-XVIIIe siècles)

Les philosophes des Lumières sont ambivalents :

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VoltaireAdmire la civilisation arabe médiévale, utilise l’Orient comme miroir critique de l’Europe chrétienne. Mais son Mahomet (1741) est aussi une charge contre le fanatisme
MontesquieuLettres persanes — l’Orient comme outil de critique. Mais aussi théorie des climats qui essentialise les “peuples du Midi”
LeibnizReconnaît l’algèbre arabe, correspond sur les mathématiques orientales

Les Lumières utilisent l’Islam comme miroir critique, mais commencent à construire un récit de supériorité européenne fondée sur la Raison — une Raison présentée comme spécifiquement européenne et grecque.

4. Phase 4 : Le XIXe siècle — l’effacement complet

Ernest Renan (1823-1892)

La figure clé de l’occultation. Sa conférence “L’islamisme et la science” (1883) à la Sorbonne est le texte fondateur de la dévalorisation :

Thèse de Renan : L’Islam a “conservé” le savoir grec mais ne l’a pas créé. Les grands penseurs du monde islamique (Averroès, Avicenne, al-Khwarizmi) étaient grands malgré l’Islam, pas grâce à lui. L’esprit sémitique est incapable de science — seul l’esprit aryen (indo-européen) produit la philosophie.

La réponse de Jamal al-Din al-Afghani (1883) : al-Afghani répond dans le Journal des Débats que toutes les civilisations passent par des phases de lumière et d’obscurité, et que la décadence n’est pas une essence mais un état historique.

Le récit qui s’installe

À partir du XIXe siècle, le récit européen dominant devient :

Grèce antique → Rome → Moyen Âge chrétien → Renaissance → Lumières → Modernité

La médiation arabe disparaît. Averroès, Maïmonide, al-Khwarizmi sont effacés du récit fondateur. L’Islam est relégué au rôle de “bibliothécaire passif” — il aurait simplement stocké les livres grecs en attendant que l’Europe vienne les récupérer.

Ce récit est faux. Le monde islamique n’a pas seulement conservé Aristote — il l’a commenté, critiqué, développé, synthétisé avec d’autres traditions (persane, indienne, chinoise). Averroès n’est pas un copiste : c’est un philosophe original. Al-Khwarizmi n’a pas “conservé” l’algèbre — il l’a inventée.

5. Phase 5 : L’orientalisme comme système (XIXe-XXe siècles)

Edward Saïd (L’Orientalisme, 1978) analyse ce processus : l’Orient est construit par l’Europe comme un objet d’étude, un espace passif, un musée — jamais comme un sujet actif de l’histoire intellectuelle. La Description de l’Égypte de Napoléon (1809-1829) est le prototype : l’Europe cartographie, mesure, classifie le monde islamique comme un entomologiste classifie des insectes.

6. Le lien entre occultation et colonisation

L’effacement de la dette n’est pas une simple erreur historiographique — c’est un geste politique qui légitime la colonisation :

  1. Si l’Europe ne doit rien à l’Islam → la colonisation n’est pas un retournement mais un droit naturel
  2. Si l’Islam est incapable de science → la “mission civilisatrice” est légitime
  3. Si les Lumières sont purement européennes → l’Europe a le devoir de les apporter au monde

L’occultation de Cordoue est la condition idéologique de la colonisation.

7. La correction en cours

Le travail de restitution historique — celui de votre projet — s’inscrit dans un mouvement plus large :

  • George Saliba (Islamic Science and the Making of the European Renaissance, 2007)
  • Dimitri Gutas (Greek Thought, Arabic Culture, 1998)
  • Maria Rosa Menocal (The Ornament of the World, 2002)
  • Edward Saïd (L’Orientalisme, 1978)

Ce mouvement ne vise pas la culpabilisation — il vise la restitution d’une vérité historique occultée par les besoins idéologiques de la colonisation.